Billet d’humeur de Stéphanie : ma grossesse, mon hyperémèse gravidique

« La grossesse est l’état d’une femme enceinte. Elle s’accompagne de modifications importantes de l’organisme, que ce soit sur le plan physique, notamment au niveau de l’utérus, ou sur le plan psychique. »

On pense tout de suite à tous les tracas et aux événements que l’on ne peut ni contrôler ni anticiper.

Vous connaissez Kate Middleton?

Pour ma part je ne suis pas une princesse (quoique), je suis une maman, une femme comme les autres, mais j’ai un point commun avec la fameuse Kate : Ce syndrome dont nous avons souffert toutes les deux comme des milliers de femmes, pendant nos grossesses : l’hyperémèse gravidique, syndrome révélé au grand public très récemment. Derrière cette appellation aux consonances barbares se cache un mal méconnu, que l’on peut également nommer « vomissements incoercibles. »

Alors oui, vous allez dire « oh moi aussi j’ai connu les nausées de grossesse, ce mal de mer perpétuel et cette intolérance aux odeurs ». Lorsque j’ai commencé à dévoiler à mon entourage ces mois particulièrement éprouvants j’ai souvent entendu ces phrases.

C’est malheureusement plus complexe. Je ne parle pas de cette période difficile que beaucoup de futures mamans connaissent, mais d’un mal souvent incompris et totalement dévastateur, un syndrome  qui pousse certaines femmes démunies à stopper leur grossesse, malgré leur désir d’enfant, tant la difficulté est insurmontable et les douleurs physiques et psychiques intolérables.

Voilà comment tout a commencé.

Il y a un peu plus de 13 ans j’ai appris ma première grossesse, j’étais enchantée, aux anges, sur un nuage, nous attendions ce bébé depuis plus d’un an. Un enfant ardemment désiré. J’ai su que j’étais enceinte très vite avant même mon test…

Comment ? Un feeling, une sensation qui s’apprêtait à devenir une réelle épreuve. Je ressentais déjà les prémices d’un lendemain de fête, un peu vaseuse et surtout un estomac noué.

Au bout d’un mois et demi, j’expérimentais ma première hospitalisation. Déshydratation, perte de poids, tension minimale et critique, pas même la force de me lever et surtout plus de 30 vomissements par jour. L’estomac qui se retourne, s’agite et ne comprend rien. Aucun soulagement possible, même les médicaments que je ne voulais absolument pas prendre au départ, mais que j’ai fini par tenter, ne me faisaient rien.

Ce fut le début de longs moments de solitude face à un corps médical hospitalier peu informé. Un sentiment d’impuissance également.

Il faut savoir qu’en France, beaucoup de centres de santé prônent en cas d’hypéremèse gravidique la mise à l’écart (et dans le noir ) de la future maman, l’isolement radical. Elle ne doit plus recevoir de visites, notamment familiales.

Cela peut paraître étonnant et surtout très éprouvant pour ces moments déjà bien déstabilisants. Certains médecins pensent que les vomissements sont liés à un souci psychologique, dû à un refus de la grossesse ou un problème lié à sa propre mère. J’avais la chance à l’époque d’avoir une excellente gynécologue à l’écoute. Or ce médecin qui me connaissait depuis des années, savait mon désir d’enfant et le fait que je n’avais aucun souci avec ma maman ! Elle s’est battue pour qu’on ne m’isole pas puisque aujourd’hui encore c’est le protocole de base dans de nombreuses cliniques et hôpitaux…Elle a dû intervenir plusieurs fois pour que je puisse avoir mon mari à mon chevet.

Au cours de ces 5 mois j’ai alterné maison et hôpital : Réhydratation et tentatives d’alimentation. Sensation de partir et épuisement total, amaigrissement, vertiges. Besoin d’obscurité. Les vomissements ne s’arrêtaient pas, j’étais épuisée, mais je voulais m’accrocher, serrer les dents, je tenais bon. Je désirais vraiment cette petite fille que je sentais bouger et grandir en moi. Je la souhaitais évidemment et de tout mon coeur en bonne santé, mais je culpabilisais…

Il faut savoir que ces bébés ne sont pas touchés par l’hyperémèse, ils prennent tout ce dont ils ont besoin, et se développent parfaitement, sans carences. Les spécialistes de santé disent que ce sont des bonnes grossesses, notamment grâce au taux d’hormones. En effet mon taux d’hormones était supérieur à la normale, il aurait pu être un taux de triplés pour un seul bébé.

J’ai testé l’acupuncture, l’homéopathie, la phytothérapie, l’ostéopathie. Cela pouvait me soulager mais mon estomac s’était habitué à se retourner, le moindre mouvement important de ma part, ne serait- ce que descendre de mon canapé se terminait par un haut de coeur violent qui s’achevait sur un malaise.

Mon lever de rideau apparut au début de mon sixième mois. Je me suis réveillée un matin avec quelques nausées mais je pouvais enfin me lever, marcher et ouvrir les volets…

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La lumière, jusque là source de souffrance, devenait ma paix, mon oxygène, j’apprenais à me la réapproprier, à l’accepter.

Suite à ces moments, ces mois de difficultés, j’ai réalisé qu’il existait des sites, des groupes sur les réseaux sociaux, de futures et jeunes mamans ayant vécu ou vivant cette hyperémèse gravidique, avec pour certaines des formes graves qui les poussaient à mettre un terme à leur grossesse, et pour d’autres passer des mois entiers hospitalisés.

J’ai fait beaucoup de recherches sur cet état auquel je n’étais pas préparée, et auquel je ne m’attendais pas, j’ai compris après de nombreux échanges avec des médecins, des jeunes femmes, des familles avec lesquels j’ai pu aborder le sujet, qu’en France, c’était encore un sujet méconnu et faisait l’objet de débats au sein même du corps médical. Le Canada a beaucoup avancé sur ce syndrome, comme sur de nombreux thèmes notamment psychologiques et sociaux, autour de la maternité et la petite enfance. J’ai passé mes derniers mois de grossesse à saisir chaque instant et goûter au plaisir absolu de respirer intensément. 4 mois plus tard, ma fille, ma princesse, notre bébé tant attendu naissait, en excellente santé.

Au fond de moi, je gardais une petite trace de ces mois éprouvants, lorsque je me promenais en ressentant des odeurs particulières qui me remémoraient instantanément des moments précis de douleurs, et cela me faisait frissonner. Avec le temps tout rentrerait dans l’ordre. j’oublierai.

Je savais que si je souhaitais un deuxième enfant, je devrais m’y préparer.

Le temps aidant, j’ai continué à m’intéresser à ce syndrome et alimenter quelques groupes en soutien aux mamans qui étaient dans l’oeil du cyclone.

Les années passèrent, un nouvel amour et un désir d’enfant qui réapparait. J’ai souvent entendu « toutes les grossesses sont différentes tu verras »

Au fond de moi je savais…

Un médecin m’avait clairement affirmé que ce syndrome s’imposerait à moi lors de ma seconde grossesse, je devais m’y préparer psychologiquement. Mais comment se préparer à vivre des mois dans le noir, avec des vomissements incessants et surtout ma première fille qui était là et qui avait besoin de moi ? Se mettre entre parenthèse, arrêter son job, une sorte d’hibernation éprouvante.

Puis le jour arriva, ce jour attendu, 10 ans après mon premier bébé : Un matin je me suis levée avec une sensation connue et j’ai su. J’ai su que cela recommençait avec évidemment, à la clé, un merveilleux bébé. L’épreuve a duré environ 5 mois aussi, avec moins d’hospitalisation, moins de peur, mais toujours autant de noir. La connaissance de mon syndrome, et son anticipation m’ont aidée. L’existence de mon hyperemèse gravidique par le personnel de soin était connue dès le début de cette seconde grossesse, j’ai donc bénéficié d’un suivi plus adapté. On a quand même réussi à me refaire le coup de l’isolement, que l’on m’a proposé au détour d’une conversation entre deux vomissements. A la vue de ma tête et mon regard glacial, je pense que cette jeune femme qui ne faisait que son travail, a compris que ce n’était même pas envisageable!

Je racontais mon histoire, cela aidait, et cela m’aidait.

Ma fille (oui encore une, il parait en plus que l’hyperémèse est accentuée dans ce cas) grandissait, s’épanouissait au creux de mon ventre qui était pourtant le berceau de ma difficulté. Au début de mon sixième mois, j’ai recommencé à souffler, à respirer. Je m’étais déjà engagée lors de mes recherches sur ce syndrome, à rechercher comment vivre sa grossesse naturellement malgré tout cela.

Je n’aspirais qu’à protéger mon bébé de l’intérieur et de l’extérieur, en faisant attention à ce que j’ingérais pour lui donner le meilleur, et tous les soins utilisés étaient sains et bons… Ma responsabilité de maman a certainement été affutée et renforcée aussi, avec ces mois difficiles et ce souhait absolu de leur donner le meilleur.

Peut-être aussi car je n’avais au fond pas été « réellement là » les premiers mois.

Aujourd’hui, je me souviens, et mon estomac aussi est plus fragile. J’y pense régulièrement, et je soutiens ces futures mamans qui vivent ce syndrome ici et maintenant. Une grossesse, un moment magique qui devient tout à coup une épreuve.

Chaque jour en regardant mes filles, je sais pourquoi j’ai tenu bon.

Les prénoms de mes deux filles commencent par un L.

L comme lumière.

Ce sont mes deux ailes, mes fleurs mon bonheur….

Pour en savoir plus :

http://9moisavecmabassine.blogspot.fr

http://www.20minutes.fr/sante/2127123-20170905-hyperemesis-gravidarum-tellement-souffert-songe-avorter

Photo centre article © Julia la pose gourmande

10 Commentaires

  1. Je suis très touchée par la manière dont ce billet et cette histoire, ton histoire est posée et écrite.
    Je suis également choquée encore une fois de la décision du corps médicale! On pensera qu’ils ne cherchent pas à approfondir et encore une fois faire le choix d’une solution de facilité!
    J’ai une amie qui en a souffert jusqu’à la fin si seulement elle avait su, Si elle avait pu parler avec des personnes Comme toi ça aurait changé beaucoup de Chose.
    Merci pour ce billet ✨
    C’est Toi la Belle lumière, la force et le courage, l’amour et la bienveillance…

    Tendrement
    Amandine Plume2vie

  2. Très intéressant, j’ignorais tout de ce syndrome et je te remercie de ce beau témoignage… Quelle force il a du te falloir… Finalement, on renait à soi-même à chaque naissance j’imagine 🙂

  3. J’ai vécu exactement ça pour ma 1ère grossesse, je suis je souhaite un 2ème enfant et j’essaye de me préparer à revivre ce putain de cauchemar

  4. Bonjour, je vis actuellement ça pour Bb3… J’ai souffert d’HYPERÉMÈSE GRAVIDIQUE pour Bb2 mais j’ai l’impression que c’est pire pour bb3… Je suis à 7sa et j’ai déjà perdu 3 kg et pour bb2 j’avais perdu 14 kg. Je me force à manger mais je ne garde rien. Ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas la seule à avoir vécue ça et de lire les différents témoignages. J’espére que ça va passer avant l’accouchement. Stéphanie

  5. J’ai vecu cela a ma première grossesse sans le savoir .. J’ ai mi quelques années pour oublier. J étais loin d’imaginer vivre la même chose pour le second.
    … Je me sens seule et incomprise je souffre et personne ne m entend .

    1. Courage Tina… Aujourd’hui le personnel de santé est bien plus à même de vous prendre en charge. N’hésitez pas à prononcer le nom de ce syndrome devant eux… Nous pensons bien à vous

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